- Autodidacte, Sophie Maye souhaite transmettre son amour des livres à son successeur. Crédit : Radio Chablais
Toute petite déjà, la libraire Sophie Maye voyage dans des mondes oniriques et expérimente des histoires fantastiques grâce à sa grande collection de romans. Alors qu'elle dévore entre 60 et 80 livres par année, dire de ce petit bout de femme qu'elle est une "grande lectrice" serait un euphémisme.
Cet amour brûlant pour les bons livres amène cette genevoise d'origine à fonder en 2015 la "P’tite Librairie" au cœur du village de Château-d’Oex. «Après quelques années de vacances au Pays-d’Enhaut, nous avons décidé d’emménager en famille dans ce coin de paradis. Ce fut un cadeau de la vie de tomber sur ce petit chalet idéalement situé», se rappelle cette maman et grand-maman comblée de deux filles et quatre petites filles habitants la région.
«La lecture, c’est un monde qui s’ouvre aux gens, un voyage par l’esprit.» — Sophie Maye
Au sein de ce sanctuaire intimiste, les bouquins cohabitent avec la papeterie et le coin cadeaux ; autant de trésors qui font le bonheur des clients qu’elle connaît par cœur. Les nombreuses rencontres et discussions au coin du comptoir, où les visiteurs éprouvés se délestent parfois de leur fardeau, résonnent encore en elle. « Cette dimension humaine donne du sens à mon métier. J'apprécie prendre le temps, cultiver le lien avec les gens. » Une formule qui paie car les différentes générations se pressent toujours pour se faire conseiller des ouvrages. «Les jeunes enfants qui viennent aujourd’hui avec leurs parents et leur bon cadeau, sont mes clients de demain.»
Un centre culturel incontournable
De coup de cœur en dédicaces, Sophie Maye a transformé ce chalet en une mini-plateforme culturelle qui attire les foules. «Je me souviens de moments d’affluence intense, lorsque la file de visiteurs débordait jusque dans la rue» à l’occasion de la venue de l’auteur de romans policiers et habitant de Gryon Marc Voltenauer ainsi que de l’auteure française de livres pour enfants Christine Pompéï.
Dans son magasin, la tenancière aime chouchouter ses auteurs romands, qui trônent sur l'étagère d'entrée et accueille le chaland. «On a beaucoup d’écrivains bourrés de talent mais personne ne les connaît. J’apprécie Mélanie Chappuis pour son écriture poétique sur des sujets profonds. J’aime aussi les polars d’Emmanuelle Robert qui a reçu un prix pour son "Immaculée connexion"».
La transmission chevillée au corps
Après plus de 11 ans d’activités remplis de succès, Sophie Maye aspire à remettre sa boutique qui s’est fait une place de choix dans le cœur des habitants. «Ce magasin fonctionne, il ne faut pas vouloir tout changer, surtout en montagne, les gens chérissent leurs habitudes.» Malgré les pépins de santé qui se succèdent, la libraire fait preuve de courage et continue de gérer le lieu d’une main de fée. «Dans l'idéal, mon successeur devrait être du cru. J'aspire à l'accompagner avant de passer définitivement le flambeau», détaille celle qui a déjà formé de nombreux apprentis en papeterie.
De nombreux repreneurs potentiels témoignent de leur intérêt pour reprendre l’un des derniers lieux culturels de Château-d’Oex. Signe que la relève est possible, malgré la disparition des petits commerçants dans ce village de montagne.
Interview complète :
Antoni Da Campo










































