- A 28 ans, le carillonneur anime Saint-Maurice à la force de ses pieds et de ses poings, dont ici le "Bourdon" de 4 tonnes. Crédit : Radio Chablais
Du haut du beffroi de l’Abbaye de Saint-Maurice, le carillonneur Antoine Cordoba fait chanter depuis une décennie les 49 cloches en bronze de l’ensemble inauguré en 2004, le plus vaste de Suisse. Ce matin, « Champs-Elysées » de Joe Dassin emplissait la tour de la basilique et résonnait à travers le village, sous les frappes frénétiques de l’autodidacte.
Le virtuose franco-suisse de 28 ans perfectionne cette valse mélodieuse depuis son adolescence et se produit au gré des fêtes religieuses pour le plus grand bonheur des Agaunois. Une passion qui remonte à ses huit ans lorsque, accompagné de sa grand-maman, il est témoin de la beauté et de l’amplitude de jeu du carillon de Samoëns.
De cette première découverte du pouvoir immense « d’animer en un instant tout un village », il développe un véritable coup de cœur pour les différentes résonances de ces dames de métal et sillonne les églises de France poussant les portes des clochers, révélant un patrimoine invisible tout en développant une grande dextérité sur le clavier en bois.
Un répertoire de plus d'une centaine de morceaux
Au rythme de ses poings et de ses pieds, le musicien interprète avec précision un large répertoire d’une centaine de partitions, classiques comme modernes, et maîtrise l’improvisation de pièces, porté par ses connaissances de pianiste. « Chaque battant, chaque cloche est sous tension du clavier et permet d’actionner des notes variées sur quatre octaves en fonction de la taille et du poids allant de 9kg à 4 tonnes ». Le carillonneur, qui passe sans sourciller du Salve Regina au prélude X de Mathias Van den Gheyn, l’assure : l’électricité ne joue aucun rôle si ce n’est à Noël, pour éclairer sa partition lors de la messe de minuit.
Si le carillon actuel de l’Abbaye date des six 2004, l'un des six que compte le pays, l’histoire de ce savoir-faire remonte à Charlemagne, vers l’an 800. « Je me considère comme un passeur de patrimoine. J'aspire à léguer à la prochaine génération un instrument en meilleur état que ce que j'ai reçu », ambitionne Antoine Cordoba, qui imagine prendre sous son aile dans quelques années un jeune musicien.
« Je me considère comme un passeur de patrimoine», Antoine Cordoba
A l’occasion du 4ème festival international de carillon ce weekend, Antoine Cordoba s’active à faire connaître sa passion et à éveiller des vocations sur son art. « Les visiteurs ont toujours des étoiles pleins les yeux lorsqu’ils croisent le chemin du « Bourdon Trinitas », ce colosse de 4,1 tonnes, la plus grosse cloche du Valais, coulée en 2010. »
Depuis plusieurs années, Antoine Cordoba recense et étudie le patrimoine campanaire en France, en Italie et en Suisse. À travers son site internet, qui compte plus de 200 articles, ainsi que sur Facebook et YouTube, il documente les cloches municipales et religieuses. Ses recherches comprennent notamment l’inventaire des clochers, des relevés photographiques détaillés et des enregistrements sonores. Fort de cette expertise, il accompagne désormais certaines collectivités dans l’entretien de leurs cloches et a notamment participé au coulage d’une cloche de plus de 300 kilos.
Samedi et dimanche à 16h30, les carillonneurs actionneront les marteaux du clocher de l’Abbaye de Saint-Maurice à l’occasion du festival international de carillon. Les musiciens Antoine Cordoba et Claude-Michaël Mevs, dit Quasimodo, proposeront également en amont des visites guidées du beffroi.
Interview complète avec Antoine Cordoba :
Antoni Da Campo










































