- Crédit : Radio Chablais
Les nouvelles générations d’abeilles de Suisse naissent depuis près de 60 ans dans le Vallon de They au-dessus de Morgins.
Au cœur de ce cirque de montagnes bariolé de fleurs alpines, virevoltent des nuées d'ouvrières, dissimulées au milieu des arbres ondoyants. Un millier de ruchettes sont installées dès le mois de mai par une cinquantaine d'apiculteurs de tout le pays sur deux sites distincts. Dans ces maisonnettes en bois se joue la reproduction des prochaines reines, ces mères-abeilles chargées de la ponte quotidienne de nouvelles butineuses de la race "Buckfast" (voir encadré).
Une sélection rigoureuse
Ces stations de fécondation, protégées géographiquement des pollinisateurs étrangers, permettent également la sélection de mâles répondant à des critères bien précis pour les parades nuptiales. «Les reines sont fécondées jusqu'à 15 fois dans les airs par différents faux bourdons. Cette spermathèque assurera ainsi une descendance jusqu'au remplacement de la femelle deux ans plus tard», raconte Guy Rouiller, apiculteur spécialiste en reproduction.
Docilité, force de travail, résistance aux maladies ou propreté sont des traits de caractère essentiels pour constituer des colonies robustes et productrices de miel. «La douceur est le facteur le plus important lors de la sélection des ouvrières. A présent, je suis capable de travailler en short et t-shirt tout au long de l'année sans aucune piqûre», assure sereinement le Montheysan, les mains nues dans une ruche.
« Mes abeilles sont tellement gentilles que je travaille en short et t-shirt. »
La saison de reproduction actuelle des abeilles est jugée idéale par Guy Rouiller. Favorisées par une météo clémente avec des nuits à 15 °C à 1650m d'altitude et une profusion de fleurs, les nouvelles ruches promettent une belle production de miel. «Le district de Monthey est vu comme le pot de chambre du Valais. Pourtant, ces fréquentes précipitations favorisent une floraison variée. Ici le nectar coule en abondance et l’herbe reste verte même en été», se targue l'apiculteur. Des conditions optimales qui auront de quoi renforcer l’enthousiasme de la jeune génération et des 120 membres de la Société d'apiculture de Monthey.
Les pollinisateurs en péril
Comme le souligne la nouvelle initiative qui veut sauver les butineuses, près de la moitié des 600 espèces d’abeilles sauvages sont menacées de disparition, tandis que le nombre de papillons, coléoptères, guêpes, bourdons et mouches a diminué de 75% dans certaines régions. Les parasites (Varroa destructor) et le frelon asiatique participent à la décimation des butineuses. Un constat inquiétant qui n'entame pas l'optimisme de cet homme passionné des ruches depuis 46 ans. Guy Rouiller appelle les apiculteurs à «s'adapter en suivant les périodes de floraisons» de manière itinérante. Il précise : «Au printemps, on profite des abricotiers en fleur, puis on se déplace vers les dents-de-lion, puis les champs de colza et l'on termine en altitude.»
Interview complète de l'apiculteur montheysan Guy Rouiller :
Différentes races d'abeilles
Parmi les quatre stations de reproduction de reines que compte le Valais romand (Moiry, Toules et Bonatchiesse), celle du Vallon de They est le seul à élever officiellement la race "Buckfast". «Comme avec les lapins, les chiens ou les chats, chacun à ses lignées préférées. Nous on les préfère aux Carnicas (carniolienne)», détaille Guy Rouiller.
Buckfast : une lignée d’abeilles créée au XXème siècle en Angleterre par sélection et croisements. Recherchée pour sa douceur, sa productivité élevée et sa faible tendance à l’essaimage.
Carnica : une race naturelle originaire d’Europe centrale, particulièrement appréciée pour sa rusticité, son adaptation aux climats alpins et son développement rapide au printemps. Elle est historiquement préférée par la majorité des sociétés apicoles suisses.
Antoni Da Campo










































