- Chaque été, des géologues animent le site durant trois semaines et présentent les événements géologiques. © Ph. Wagneur, MHNG
Il y a 240 millions d’années d’énormes proto-dinosaures, de lointains cousins des "dinos", vivaient dans la région du Vieux Emosson, au-dessus de Finhaut.
Près de 800 traces de pas vraisemblablement laissées par Ticinosuchus, une grande espèce de reptile de la famille des Archosaures, ont été découvertes il y a un demi-siècle par une paire de géologues, au hasard d’une randonnée d'août 1976. Figés sur des plaques de grès à plus de 2'400 m d’altitude, ces fossiles sont les témoins silencieux de la vie foisonnante qui régnait alors, bien avant la naissance des Alpes il y a 50 millions d'années par collision de plaques tectoniques (orogenèse alpine).
La plus grande découverte de la paléontologie suisse
Pour la paléontologie suisse, cette trouvaille est historique car ces empreintes demeurent les plus vieilles pistes de vertébrés connues du pays et l'un des gisements les plus importants d'Europe avec sa large zone de piétinement. «Enormément d'études ont pris racine à la suite de cette découverte qui a fait date parmi les chercheurs», raconte Pierre-Yves Frei, géologue, journaliste scientifique et muséologue au Muséum d'histoire naturelle de Genève. Au fil des ans, les hypothèses autour de ces vestiges de l'époque du Trias affluent et évoluent. De cinq espèces de carnivores en août 1976, il n'en subsiste plus que deux aujourd'hui dans le scénario le plus probant selon les spécialistes.
«La période du Trias, ou l'Âge des reptiles, a été propice à la multiplication massive de ces animaux de type "crocodilien", des crocodiles haut sur pattes, distincts des dinosaures». A en croire les analyses, ces prédateurs antédiluviens de 3 mètres s'épanouissaient sur les tresses d'une rivière riche en sable, propice à la préservation des marques dans le temps. Cette conservation du site à travers les âges, malgré l'érosion, est une chance scientifique inouïe pour Pierre-Yves Frei «A la suite de la formation des Alpes, ces traces sont passées de 300 m d'altitude à plus de 2'400. Une grande partie des sommets valaisans sont d'anciens fonds d'océans, riches en fossiles.»
Une science qui met l'histoire en perspective
La paléontologie permet aujourd'hui de mieux connaître l’évolution de la faune ainsi que le passé de la Terre. Pour le Genevois, cette science permet de mieux comprendre le présent et d'envisager l’avenir. «Le changement climatique et la disparition des espèces sont actuellement si rapides et vastes en comparaison historique qu'ils ne peuvent être que d'origine anthropique (humaine)», explique le géologue.
Depuis 50 ans, la paléontologie helvétique reste bien vivante et surprenante. «En Argovie, la commune de Frick possède des gisements fossiles d'une richesse folle. Depuis le début des fouilles en 1976, une centaine de Plateosaurus, des herbivores mesurant 7 à 8 m vivant il y a 210 millions d'années, ont été mis au jour.» Ces recherches ont parfois été accompagnées de surprises comme l'exhumation de ptérosaures, des individus volants uniques pour la Suisse.
Avec à ses montagnes, le canton du Valais est une terrain propice à la découverte de nouveaux trésors ces prochaines années. En effet, le recul des névés et des glaciers favorise le dévoilement de fossiles de dinosaures comme à la Cascade d'Emaney. A l'occasion des 50 ans de la découverte des empreintes préhistoriques d'Emosson, Pierre-Yves Frei publie "Un dinosaure dans la montagne". Le livre vulgarise l'enquête scientifique qui a permis aux spécialistes de percer le mystère de ces géants légendaires des Alpes.
Antoni Da Campo










































